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L’économie du Libre connaîtra-t-elle la crise ?

Depuis quelques semaines, la « presse » online se fait écho d’un sujet d’actualité : l’Open Source face à la crise. Force est de constater que la question n’est que très partiellement traitée. On y fait régulièrement référence à l’avantage concurrentiel de l’Open Source induit par l’économie réalisée dans l’acquisition d’applications Open Source (en général, pas de coût de licence). En temps de crise, l’Open Source est donc une solution de rationalisation des dépenses informatiques. C’est, je pense, ne pas traiter le sujet et par ailleurs, revenir à la sempiternelle question de la valeur ajoutée du Logiciel Libre qui dépasse de loin les problématiques de coût d’acquisition d’un logiciel.

Il me semble qu’il est bon de reformuler la question initiale et de proposer une autre approche facilitant l’analyse et d’autres éléments de réponse. Ainsi, la question est-elle : « Les solutions logicielles libres et l’économie sous-jacente, connaissent ou connaitront-elles la crise ? «

En quelque sorte, il s’agit d’analyser le risque pour l’économie du libre engendré par la crise économique mondiale. Je vous propose donc ici de répondre à cette question sous l’angle de l’analyse du risque et ce de ce qu’il comporte dans sa définition, à savoir, que le risque peut être défini comme la somme des produits des Dangers, de notre Exposition et de notre Vulnérabilité face à ces dangers.

Danger – Quel est donc le danger encouru par l’économie du libre dans le cadre de la crise économique mondiale actuelle ?

Le danger encouru est un ralentissement, voire même une récession, de l’économie, c’est à dire un ralentissement (ou une récession) de la création de valeur ajoutée. De fait, le danger est de voir apparaître un infléchissement, un effet de seuil de la croissance ou pire encore une récession de l’économie du Libre, alors même qu’elle connaît une croissance fulgurante depuis quelques années et, qu’avant la crise, les prédictions annonçaient la poursuite de cette croissance soutenue. Ce danger pourrait s’accompagner d’une sur-médiatisation du phénomène entraînant une baisse de popularité du modèle Open Source (en quelque sorte, une retombée du soufflet), une frilosité accrue des investisseurs alors même que l’économie du Libre est dans sa phase d’industrialisation et a grandement besoin de ces fonds pour se développer et transformer son essai, …
En aucun cas, le danger est celui de la fin proprement dite du/des modèles économiques Open Source, alors même que la crise mondiale actuelle est une remise en cause (profonde ? – on pourrait se le demander !) du modèle macro-économique capitaliste.

Exposition – L’économie du libre est-elle fortement exposée à ce danger ?

Le danger du ralentissement économique est réel, actuel et généralisé (planétaire et inter-sectoriel). Il touche l’informatique dans son ensemble. De fait, je pense qu’il est plus judicieux de s’intéresser au différentiel d’exposition entre l’informatique Libre et l’informatique Propriétaire qu’à l’exposition elle-même. La question devient donc : l’économie du Libre est-elle plus exposée que l’économie logicielle propriétaire ?
Étant donné que :

  1. l’Open Source est consommé en forte proportion par les acteurs publics,
  2. l’état mène (d’autant plus avec la crise) une politique favorable à l’Open Source (voire même, dans le cas du Canada, une politique clairement affichée en la matière) et
  3. l’état, face à la crise, souhaite maintenir ses dépenses publiques,

l’économie du Libre est donc moins exposée au ralentissement économique, en tout état de cause à court terme.

En effet, si la crise devait durer dans le temps, on pourrait craindre alors que la dépense publique soit revue à la baisse, d’une part, pour veiller à ne pas trop dégrader le déficit budgétaire et, d’autre part, car le cash disponible pour les états deviendra de plus en plus rare, ce qui rendra difficile voire impossible de s’endetter davantage …

Vulnérabilité – L’économie du Libre est-elle vulnérable ?

Je pense qu’en matière de vulnérabilité, l’économie du libre est particulièrement robuste. A l’image des solutions Open Source, constituées de plusieurs composants logiciels libres, chacun spécialisé, extrêmement performants dans leur domaine, gérés par des communautés complémentaires, donnant des solutions performantes et robustes.
Les très nombreux acteurs du Libre, spécialistes dans leurs domaines, complémentaires et profitables à leur échelle et dans leur localité, permettent à l’économie du Libre d’être particulièrement dynamique et extrêmement solide (même si elle ne peut pas être insensible à la conjoncture actuelle).
Ainsi, cette atomisation de l’offre, sa présence ancrée dans les territoires, l’excellence des acteurs qui engendre la production d’une valeur ajoutée importante, ainsi que les investissements en R&D réalisés depuis des années, positionnent les acteurs du libre dans une situation relativement confortable en comparaison de grands industriels de l’informatique, qui, qui plus est, sont soumis aux tempêtes boursières et beaucoup moins agiles que la communauté économique Open Source.

L’économie du Libre est donc soumise à la pression de la conjoncture économique actuelle, mais s’en tire sans trop de dommages pour l’instant. Le risque que l’économie du Libre se dégrade est pour l’instant modéré mais pourrait s’amplifier si la crise perdure. En tout état de cause, la robustesse de l’économie du Libre limite considérablement le risque majeur de sa faillite !

A la question suivante : " La crise pourrait-elle être vecteur d’opportunités pour l’économie du libre ?", je pense qu’il est effectivement intéressant de noter que l’Open Source, avec la crise actuelle et la diminution des budgets au sein des DSI, est assurément une opportunité pour ces derniers dans la maîtrise de leurs coûts. Ainsi, ce phénomène pourra venir compenser l’infléchissement de la croissance due à la crise mondiale. Néanmoins, je ne pense pas qu’il permette une explosion soudaine de la commande en matière de logiciels libres comme mentionné dans l’article JDNet , qui, par ailleurs, évoque des problématiques qui ne sont pas encore (malheureusement) à l’ordre du jour, à savoir, la manière dont nous ferions face à une recrudescence de la commande en matière de services informatiques autour des composants Open Source.

David Jonglez, Camptocamp SA Associate Director in charge of commercial development

Quelques articles francophones sur le Web en relation avec le sujet :

  • Neteco – Bertrand Diard : "l’open source aide les DSI à mieux gérer leur budget en période de crise"
  • Atelier – étude "2009 Predictions Survey" de l’Open Solutions Alliance (OSA).
  • Arstechnica – Face à la crise, le Canada vise l’open source
  • Journal du Net – Et si la crise profitait à l’Open Source ?

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2 Responses to “L’économie du Libre connaîtra-t-elle la crise ?”

  1. Guillaume Sueur says:

    Je suis d’accord avec ton analyse, à une nuance près. Je pense que la situation actuelle va d’abord favoriser les logiciels “poids lourds” du secteur, ceux dont la qualité, la pérennité et la visibilité sont indiscutables . Je pense à Apache, MySQL, PostgreSQL, Linux en général, bref autant de “produits” que l’on peut pour ainsi dire tester sans risque. Dans le secteur qui nous intéresse, ça peut également être vrai de PostGIS, MapServer, ou GeoServer, plus difficilement sans doute pour un QGis en remplacement d’un MapInfo, car le coût induit en termes de formation/modification des habitudes a une part plus importante. Il est plus simple de former un administrateur web/sig/système que 50 utilisateurs.
    Mais cette démarche est heureuse, car elle va introduire l’OpenSource chez des utilisateurs qui ont encore de la méfiance/défiance à son égard. Cette adoption “opportuniste” en temps de crise sera le début d’une banalisation qui créera des besoins par la suite, pour tous les acteurs du “monde libre”.
    Donc opportunité oui, mais à double détente. Sans réelles retombées économiques dans un premier temps, mais avec une généralisation sensible ensuite.

  2. La méthode de l’analyse en terme de risque me paraît excellente. Sur l’exposition et les vulnérabilités, je suis entièrement d’accord. Sur les dangers, je ferais trois remarques.

    1. La surmédiatisation d’un désintérêt pour le libre ne me semble pas un danger, car malgré des médias globalement acquis à la cause du propriétaire (le libre achète peu de pages de publicité) l’open source fait son chemin.
    2. Si les poids lourds vont d’imposer c’est aussi à la faveur de concentrations: les gros projets vont prendre la main sur les roadmaps. IBM croquera Sun qui a croqué Mysql…
    3. La disparition du logiciel (SaaS et Cloud Computing pour faire vite) va réduire l’espérance de gain visible pour les développeurs.

    On pourrait aussi parler de contre-mesures…

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