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Economie du Logiciel Libre par François Elie

Monday, March 30th, 2009 by David Jonglez

Je viens de dévorer en à peine une soirée le livre de François Elie. Quel verbe ! Il a le don de l’écriture et son parcours personnel (philosophe) apporte une touche très appréciable donnant du relief à son analyse. Bref, j’ai apprécié et vous le conseille !

Sur le fond, je suis plus nuancé que sur la forme. Commençons par les points que j’ai appréciés. François Elie réalise ici une analyse documentée et argumentée qui complète ce que j’ai pu lire sur le sujet jusqu’à présent. Il s’agit d’un vrai travail d’analyse qui se nourrit de son expérience acquise ces dernières années au sein de l’Adullact . La théorie de la mutualisation par la demande (ie l’idée de fédérer les besoins afin de créer des logiciels libres « métier ») et l’usage « commercial » des forges, comme place de marché pour les logiciels, me semblent des idées fort intéressantes, qui ont d’ailleurs amené l’Adullact à la création de l’Adullact projet.

En outre,  le discours tenu dans son livre est dirigé principalement (uniquement …) par ces idées maîtresses. Plus encore, le modèle économique de la mutualisation par la demande serait le modèle économique le plus stable. A le lire, point de salut pour qui n’adopterait pas ce modèle (ndlr : j’exagère, bien entendu). Je regrette, au regard du titre, mais aussi de la position de l’Adullact (même si ce livre est écrit par l’auteur et pas au nom de l’Adullact), que cet ouvrage n’entre pas plus en profondeur dans les modèles économiques et n’explique pas davantage les grands principes des principaux modèles afin de donner une meilleure lecture du « marché de l’Open Source » auprès des maîtrises d’ouvrage. Je trouve qu’il y a discordance entre le titre de l’ouvrage et son contenu.

En tant que Géo-Informaticien, on notera également 4 pages sur l’OSGeo et Open Street Map, illustrant ses propos sur la mutualisation par l’offre (OSGeo ) ainsi que sur la mutualisation par la demande dans le cadre de la production et du partage de la donnée publique (sur un modèle du type Open Street Map ).

Parmi les points que je désapprouve, je note notamment un discours assez rude, sûrement encore imprégné des relations difficiles que l’Adullact avait vécues avec certaines entreprises lors du lancement de l’Adullact Projet (l’auteur ne s’en cache d’ailleurs pas dans son écrit). Les années ont passé, ces sociétés ont évolué et il est dommage de revenir sur ce passé. Mais ce que je désapprouve davantage encore, c’est le propos démagogique de ce paragraphe dans lequel toutes les entreprises du libre sont mises dans un même panier, le panier des anti-mutualistes par la demande. L’argumentaire me semble erroné et c’est oublier les principaux freins à cette mutualisation et les efforts réalisés au quotidien par de nombreuses sociétés (dont Camptocamp) pour mutualiser par la demande … La réalité (car, il faut s’en tenir à la réalité : il n’existe pas encore de place de marché logiciel …) est difficile pour que ce principe de mutualisation par la demande soit systématique : commande publique non adaptée, prise de risque des sociétés, inadéquation des calendriers et budgets, incompatibilité/non convergence des besoins, …

Pour finir sur une note positive et faire le lien entre geo-informatique et Mutualisation par la demande, il me semble que le projet GeoSource est une bonne illustration de ce principe. En analysant la réussite de ce projet, il faut se référer aux principaux facteurs de succès suivants : un commanditaire unique (l’état) au service d’une large communauté d’utilisateurs (ses services et les collectivités), la mise en place d’une infrastructure projet communautaire, des échéances courtes autour de besoins pragmatiques, une demande sensibilisée aux obligations de diffusions de leurs données dans le cadre de la directive INSPIRE, …

David Jonglez, Camptocamp SA Associate Director in charge of commercial development

A propos du Guide de bonnes pratiques sur les Appels d’offres géomatiques de l’Afigéo

Sunday, March 22nd, 2009 by David Jonglez

Ce texte est en partie issu d’un mail envoyé à l’Afigéo  à l’automne 2008, en référence à l’objet de ce blog.

L’Afigéo a publié à l’automne dernier un très intéressant guide pratique à l’usage des maîtrises d’ouvrage et maîtrises d’oeuvre afin de limiter les déconvenues mutuelles dans le cadre des appels d’offres. Il faut se féliciter du travail accompli, du contenu produit et de sa lisibilité. Ce guide est une vraie réussite. Nous espérons qu’il induira de nouveaux comportements de l’ensemble des acteurs concernés par les appels d’offres …

Je constate néanmoins que,  malgré le poids de plus en plus important de l’Open Source dans la commande publique ou privée en matière de Géo-Informatique, qu’aucun paragraphe ne fait référence aux spécificités de la commande de logiciels libres.

Dans le cadre de la commande publique, un "guide des bonnes pratiques de l’usage des logiciels libres dans les administrations ", publié il y a plus d’un an par la DGME  spécifie déjà de manière claire, pragmatique et conformément à la législation française en matière de commande publique ces spécificités à prendre en compte. Il y est fait notamment référence à :

  • un ensemble de bonnes pratiques liées à la mutualisation (logicielle ou applicative) et aux aspects législatifs des licences logicielles libres ;
  • des préconisations en matière de propriété intellectuelle et de droit d’auteur ;
  • la manière de spécifier l’usage de composants logiciels libres dans un CCTP ;
  • la manière de spécifier l’usage d’un logiciel en particulier dans un CCTP (distinction entre acquisition et prestation de services d’un logiciel) ;
  • la manière de spécifier le respect de standards ouverts dans un CCTP.

Il serait souhaitable, à minima, de faire un lien entre le guide de l’Afigéo et le guide de la DGME sous une rubrique "Logiciels Libres".

A noter que  le guide de la DGME ne traite pas la partie "Bordereau de prix" du guide de l’Afigéo, car il se concentre sur une approche juridico-technique afin de clarifier les aspects légaux de la commande publique en matière de logiciel libre et de mutualisation. Hors, à ce niveau également nous constatons tous les jours des "vices de forme" bloquants pour les éditeurs ou intégrateurs de logiciels libres, de fait incapables d’apporter une réponse cohérente et comparable avec leurs concurrents propriétaires. Ceci, le plus souvent, de part la structure rigide de la décomposition des prix proposée par la maîtrise d’ouvrage qui considère le logiciel comme un produit et non comme un service (comme dans la majorité des cas en géo-informatique libre). La décomposition des prix ne devrait pas être un frein à l’émergence de nouveaux modèles économiques !

Par ailleurs, il convient de s’intéresser, peut-être à l’occasion d’une mise à jour de ce guide, au modèle de mutualisation par la demande qui induit de facto de nouveaux principes pour la commande de logiciels. Un rapprochement entre l’Afigéo et l’Adullact serait sûrement très intéressant et fructueux pour aller dans ce sens et dynamiser le Géomatique chez les « petits » utilisateurs friands de solutions métiers et pourtant bloqués par les coûts que représente l’acquisition de logiciels. Les travaux juridiques réalisés depuis de longues années par l’Adullact dans le cadre de l’Adullact projet seraient intéressants à intégrer dans le guide de l’Afigéo et permettraient d’ouvrir d’autres champs du possible en matière de commande publique.

Enfin, ce guide ne fait aucune référence au CCAG et à sa refonte en cours. A noter que dans cette refonte, un CCAG spécifique aux TIC a été réalisé. Une version provisoire de ce document est consultable ici . Il me semble indispensable d’intégrer cette dynamique nouvelle pour les TIC dans le cadre des travaux de l’Afigéo.

David Jonglez, Camptocamp SA Associate Director in charge of commercial development

L’économie du Libre connaîtra-t-elle la crise ?

Monday, March 16th, 2009 by David Jonglez

Depuis quelques semaines, la « presse » online se fait écho d’un sujet d’actualité : l’Open Source face à la crise. Force est de constater que la question n’est que très partiellement traitée. On y fait régulièrement référence à l’avantage concurrentiel de l’Open Source induit par l’économie réalisée dans l’acquisition d’applications Open Source (en général, pas de coût de licence). En temps de crise, l’Open Source est donc une solution de rationalisation des dépenses informatiques. C’est, je pense, ne pas traiter le sujet et par ailleurs, revenir à la sempiternelle question de la valeur ajoutée du Logiciel Libre qui dépasse de loin les problématiques de coût d’acquisition d’un logiciel.

Il me semble qu’il est bon de reformuler la question initiale et de proposer une autre approche facilitant l’analyse et d’autres éléments de réponse. Ainsi, la question est-elle : « Les solutions logicielles libres et l’économie sous-jacente, connaissent ou connaitront-elles la crise ? «

En quelque sorte, il s’agit d’analyser le risque pour l’économie du libre engendré par la crise économique mondiale. Je vous propose donc ici de répondre à cette question sous l’angle de l’analyse du risque et ce de ce qu’il comporte dans sa définition, à savoir, que le risque peut être défini comme la somme des produits des Dangers, de notre Exposition et de notre Vulnérabilité face à ces dangers.

Danger - Quel est donc le danger encouru par l’économie du libre dans le cadre de la crise économique mondiale actuelle ?

Le danger encouru est un ralentissement, voire même une récession, de l’économie, c’est à dire un ralentissement (ou une récession) de la création de valeur ajoutée. De fait, le danger est de voir apparaître un infléchissement, un effet de seuil de la croissance ou pire encore une récession de l’économie du Libre, alors même qu’elle connaît une croissance fulgurante depuis quelques années et, qu’avant la crise, les prédictions annonçaient la poursuite de cette croissance soutenue. Ce danger pourrait s’accompagner d’une sur-médiatisation du phénomène entraînant une baisse de popularité du modèle Open Source (en quelque sorte, une retombée du soufflet), une frilosité accrue des investisseurs alors même que l’économie du Libre est dans sa phase d’industrialisation et a grandement besoin de ces fonds pour se développer et transformer son essai, …
En aucun cas, le danger est celui de la fin proprement dite du/des modèles économiques Open Source, alors même que la crise mondiale actuelle est une remise en cause (profonde ? - on pourrait se le demander !) du modèle macro-économique capitaliste.

Exposition – L’économie du libre est-elle fortement exposée à ce danger ?

Le danger du ralentissement économique est réel, actuel et généralisé (planétaire et inter-sectoriel). Il touche l’informatique dans son ensemble. De fait, je pense qu’il est plus judicieux de s’intéresser au différentiel d’exposition entre l’informatique Libre et l’informatique Propriétaire qu’à l’exposition elle-même. La question devient donc : l’économie du Libre est-elle plus exposée que l’économie logicielle propriétaire ?
Étant donné que :

  1. l’Open Source est consommé en forte proportion par les acteurs publics,
  2. l’état mène (d’autant plus avec la crise) une politique favorable à l’Open Source (voire même, dans le cas du Canada, une politique clairement affichée en la matière) et
  3. l’état, face à la crise, souhaite maintenir ses dépenses publiques,

l’économie du Libre est donc moins exposée au ralentissement économique, en tout état de cause à court terme.

En effet, si la crise devait durer dans le temps, on pourrait craindre alors que la dépense publique soit revue à la baisse, d’une part, pour veiller à ne pas trop dégrader le déficit budgétaire et, d’autre part, car le cash disponible pour les états deviendra de plus en plus rare, ce qui rendra difficile voire impossible de s’endetter davantage …

Vulnérabilité – L’économie du Libre est-elle vulnérable ?

Je pense qu’en matière de vulnérabilité, l’économie du libre est particulièrement robuste. A l’image des solutions Open Source, constituées de plusieurs composants logiciels libres, chacun spécialisé, extrêmement performants dans leur domaine, gérés par des communautés complémentaires, donnant des solutions performantes et robustes.
Les très nombreux acteurs du Libre, spécialistes dans leurs domaines, complémentaires et profitables à leur échelle et dans leur localité, permettent à l’économie du Libre d’être particulièrement dynamique et extrêmement solide (même si elle ne peut pas être insensible à la conjoncture actuelle).
Ainsi, cette atomisation de l’offre, sa présence ancrée dans les territoires, l’excellence des acteurs qui engendre la production d’une valeur ajoutée importante, ainsi que les investissements en R&D réalisés depuis des années, positionnent les acteurs du libre dans une situation relativement confortable en comparaison de grands industriels de l’informatique, qui, qui plus est, sont soumis aux tempêtes boursières et beaucoup moins agiles que la communauté économique Open Source.

L’économie du Libre est donc soumise à la pression de la conjoncture économique actuelle, mais s’en tire sans trop de dommages pour l’instant. Le risque que l’économie du Libre se dégrade est pour l’instant modéré mais pourrait s’amplifier si la crise perdure. En tout état de cause, la robustesse de l’économie du Libre limite considérablement le risque majeur de sa faillite !

A la question suivante : " La crise pourrait-elle être vecteur d’opportunités pour l’économie du libre ?", je pense qu’il est effectivement intéressant de noter que l’Open Source, avec la crise actuelle et la diminution des budgets au sein des DSI, est assurément une opportunité pour ces derniers dans la maîtrise de leurs coûts. Ainsi, ce phénomène pourra venir compenser l’infléchissement de la croissance due à la crise mondiale. Néanmoins, je ne pense pas qu’il permette une explosion soudaine de la commande en matière de logiciels libres comme mentionné dans l’article JDNet , qui, par ailleurs, évoque des problématiques qui ne sont pas encore (malheureusement) à l’ordre du jour, à savoir, la manière dont nous ferions face à une recrudescence de la commande en matière de services informatiques autour des composants Open Source.

David Jonglez, Camptocamp SA Associate Director in charge of commercial development

Quelques articles francophones sur le Web en relation avec le sujet :

  • Neteco - Bertrand Diard : "l’open source aide les DSI à mieux gérer leur budget en période de crise"
  • Atelier - étude "2009 Predictions Survey" de l’Open Solutions Alliance (OSA).
  • Arstechnica - Face à la crise, le Canada vise l’open source
  • Journal du Net - Et si la crise profitait à l’Open Source ?

Commercial OS versus Communautary OS : vers une convergence des modèles économiques propriétaires et Open Source ?

Thursday, March 12th, 2009 by David Jonglez

Ce texte a été rédigé à l’automne 2008 et mis à jour en février 2009. Il a été en partie publié dans SIG La Lettre (N° 100- SIG La Lettre fête ses dix ans - octobre 2008).

Force est de constater que la Géomatique Libre est à un tournant de son évolution. En effet, après une période d’incubation dans la première moitié de la présente décennie, l’adoption massive des technologies Open Source dans le secteur public depuis 2005, et notamment dans le cadre de la mise en oeuvre d’infrastructures de données spatiales, a entraîné une maturation des acteurs économiques de ce marché en pleine croissance.
Estimé par Camptocamp entre 18 et 22 M€ en 2008, le marché français de la Géomatique Libre rivalise avec les éditeurs historiques de la place bien qu’il soit atomisé et ainsi tenu par de nombreux acteurs. Actuellement, ce chiffre d’affaires est généré pour l’essentiel par une offre de services « disséminée »1 comprenant expertise, conseil, mise en oeuvre de projet, transfert de compétences, assistance technique, etc. s’inscrivant essentiellement dans le cadre de la mise en oeuvre de projets, alors que dans d’autres secteurs de l’Open Source, les modèles économiques sont multiples et davantage orientés vers une séparation entre Éditeurs et Intégrateurs laissant ainsi apparaître de « nouveaux » modèles économiques. La Géomatique Libre sera-t-elle impactée par cette tendance ? C’est l’objet de ce billet que d’apporter quelques éléments de prospectives.

La base de données MySQL, la distribution Linux RedHat ou les solutions d’entreprises comme JasperSoft, SugerCRM ou Talend, sont autant d’exemples de réussite de l’économie du Libre sur la scène mondiale des éditeurs. Force est de constater que les sociétés qui éditent ces logiciels adoptent un « business model » (modèle économique) relativement proche des éditeurs propriétaires bien que les licences logicielles restent divergentes. Peut-on parler pour autant de convergence ?
Sur le continent nord-américain, principalement, le modèle économique « de services » laisse progressivement la place au modèle dit « hybride » caractérisé par un noyau Open Source agrémenté de composants connexes accessibles sous souscription, ou encore au modèle de « double licence » qui peut prendre la forme d’une version simplifiée du logiciel sous licence libre et d’une version enrichie sous une licence payante (ou une variante, une version libre pour certains usages et une version payante pour d’autres usages). L’Open Source a ainsi donné naissance à ce que les américains appellent le « Commercial Open Source » dans lequel différents modèles économiques cohabitent, ce qui ne facilite pas forcément la lisibilité de l’offre Open Source auprès des utilisateurs. Ce phénomène amène les éditeurs Open Source à se concentrer sur leur métier d’édition et se constituer un canal de distribution capable de vendre leur offre de souscription. Pour fidéliser ces nouveaux partenaires, les éditeurs se sont inspiré des usages des éditeurs propriétaires et ont mis en place : certification et labellisation des intégrateurs, objectifs de CA, etc.
Curieusement la Géomatique Open Source semble être (encore) en décalage par rapport à ce phénomène qui lui, s’intensifie et semble se généraliser. La Géomatique Open Source est-t’elle pour autant une exception ?

Rappelons-nous l’annonce faite en février 2006 par AutoDesk de « libérer » le tout nouveau MapGuide et de déposer cette brique logicielle au sein de la fondation OSGeo ainsi créée. AutoDesk propose alors une version « enterprise » de MapGuide Open Source intégrant le module d’administration et auquel s’ajoute un offre de services. Dès lors AutoDesk s’est inscrit, en ce qui concerne le WebSIG, dans un modèle hybride et fut la première société dans le secteur de la Géomatique à oser cette innovation économique ! Force est de constater, plus de 2 ans après cette première, qu’aucun autre éditeur historique n’est venu rejoindre le giron de l’OSGeo, ni même partager cette expérience. Néanmoins, la quasi totalité des éditeurs ont engagé sur le plan technique des développements intégrant des briques Open Source ou interopérant avec ces dernières. Ainsi, la cohabitation entre technologies Open Source et technologies propriétaires est devenue une réalité, alors que la convergence des modèles économiques semble encore prématurée bien que fortement probable dans l’avenir.
Il semblerait ainsi que, d’un côté, les éditeurs propriétaires s’orientent de plus en plus vers une offre de services et intègrent de nouveaux canaux de distribution alors que les éditeurs Open Source sont en quête de récurrence dans leurs revenus pour financer leurs investissements de R&D non mutualisés avec la communauté. Le modèle commun prend alors la forme d’un modèle orienté « services » agrémenté de souscription (logiciel libre) ou d’achat de licence (logiciel propriétaire).
A noter également que le modèle de « Software As A Services (SAAS) », modèle très prisé aux US particulièrement par Google, vient effacer les querelles idéologiques historiques entre logiciels propriétaires et logiciels libres puisque, du point de vue de l’utilisateur, peu importe comment et avec quel logiciel le service est rendu puisqu’il est consommé par location et accessible via un navigateur Web. L’utilisateur consomme ainsi un service et ne possède en aucun cas le logiciel. La problématique d’accès au code source est ainsi évacuée (comme le mentionne François Elie dans son récent ouvrage « Économie du Logiciel Libre », le SAAS est sûrement l’une des plus importantes menaces pour les logiciels libres, fusse-t-il encore que les utilisateurs emboîtent le pas!).
Pour revenir à la Géomatique, force est de constater que les communautés Open Source restent très puissantes et dynamiques, l’OSGeo venant structurer et renforcer ces dernières. De fait, l’édition logicielle est davantage répartie entre divers acteurs venant garantir la pérennité des logiciels mais ne facilitant pas le changement de paradigme économique pour ces derniers alors même que ces nouveaux modèles offrent une meilleure captation de valeur pour l’éditeur et assurent ainsi sa viabilité économique et ses investissements au sein même de la communauté. Il faut donc veiller à ne pas tuer la poule qui dort encore dans l’oeuf !

L’équilibre reste donc difficile à trouver entre une industrialisation excessive de l’édition logicielle libre qui risque de voir disparaître l’essence même des communautés, et une approche purement empirique qui reste délicate pour financer l’édition logicielle libre.

David Jonglez, Camptocamp SA Associate Director in charge of commercial development